Subventions à la peine, des centaines de millions de dollars de budgets réduits en fumée, annulation de jeux, projets plus difficiles à rentabiliser et, au final, des fonds plus difficiles à trouver pour les studios indépendants… Depuis plusieurs années, l’industrie du jeu vidéo suffoque. Justement, et si l’avenir du jeu vidéo ne se trouvait plus systématiquement dans des productions à 200 millions de dollars. Le succès aussi spectaculaire qu’inattendu de Clair Obscur Expedition 33 aurait clairement pu pousser les éditeurs à revoir leurs certitudes quant aux productions AA. Avec plus de 8 millions d’exemplaires écoulés, le RPG français a prouvé qu’une petite équipe pouvait créer un jeu capable de s’écouler à plusieurs millions d’exemplaires. Pourtant, les gros éditeurs restent encore particulièrement prudents.

Il faut encore plus de Clair Obscur

Une prudence que Radek Ratusznil, game director chez One More Level, actuellement au travail sur le souls-like Valor Mortis, a pu constater par lui-même. Lors d’une interview accordée à GamesIndustry.biz, le développeur estime que l’industrie manque encore de succès retentissants comme Clair Obscur Expedition 33 pour pleinement convaincre les investisseurs. « Même avec l’énorme succès de Clair Obscur, les éditeurs considèrent toujours le segment AA comme assez risqué », explique-t-il. Pour calmer la frilosité des investisseurs, il faudrait encore plusieurs succès comparables avant que l’étiquette de pari dangereux ne soit définitivement retirée des jeux à plus faible budget. « Nous avons probablement besoin de quelques Clair Obscur Expedition 33 supplémentaires pour leur prouver qu’ils ont tort. Peut-être qu’un seul ne suffit pas », ajoute-t-il. Et selon lui, les candidats existent. « Il y a tellement de studios capables de proposer de très bons jeux avec le budget d’un AA, sans dépenser des centaines de millions. »

Le paradoxe est d’autant plus évident qu’en temps de crise dans l’industrie les éditeurs cherchent à réduire les risques, mais refusent justement un modèle qui permet de limiter les investissements. Entre les petits projets indépendants et les mastodontes AAA, il reste une place pour des jeux ambitieux et moins coûteux. « Le jeu a toujours besoin du temps nécessaire pour être publié et correctement testé. Je doute que nous puissions réduire les délais à ce point, comme certains éditeurs aimeraient probablement le faire », pointe du doigt Ratusznil. « Ce n’est pas comme si nous pouvions faire le jeu en un an sans aucun problème », rappelle-t-il. Clair Obscur Expedition 33 aura peut-être ouvert une brèche, mais elle n’est visiblement pas assez grande pour que les éditeurs s’y engouffrent. L’industrie préfère vraisemblablement attendre le prochain miracle. Reste donc à voir si Valor Mortis sera l'un d'entre eux.

Bande-annonce en anglais.

Source : GamesIndustry.biz